Emmener ses enfants au musée: une démarche de parents intellos?



A première vue, les enfants ne sautent pas spontanément de joie à l’idée d’aller au musée.

Il suffit de lancer le sujet à un dîner entre amis pour observer chez les parents des phénomènes étranges : déclarations enflammées et quelque peu suspectes de ceux qui annoncent « les musées, mes enfants adorent ! », retrait soudain et prudent de ceux qui n’ont jamais réussi à emmener un de leurs bambins à une exposition mais qui pensent, avec une sorte de culpabilité vaguement honteuse, qu’ils devraient ou encore, et c’est le plus fréquent, désintérêt subit de ceux pour qui « musée » est un gros mot ou bien synonyme de poussiéreux ennui.

Et puis il y a ceux qui disent que oui, ils vont parfois au musée avec leurs enfants et que tout le monde y prend du plaisir. S’ensuit alors une admiration exagérée ou une vague de moues sceptiques.

Quand j’étais enfant, je passais mes vacances d’été avec parents et cousins dans le Var, à une soixantaine de kilomètres de la Méditerranée. Une ou deux fois dans le séjour, on nous promettait un bain de mer. Plus d’une heure de trajet dans une voiture surchauffée, pour aller à St Raphaël, à Fréjus ou à St Paul de Vence, parfois jusqu’à Nice. Et invariablement, la baignade était précédée d’un musée. Comme s’il fallait mériter les galets et les serviettes à touche-touche… Evidemment, du côté des enfants, la partie musée était un pensum et nous aurions préféré nous passer de la mer et aller à la piscine. Nos parents s’offraient une escapade culturelle entre une partie de pétanque et un apéritif anisé et, en nous emmenant à la mer, ils joignaient l’utile à l’agréable. Ou vice-versa…

Et cela faisait son chemin. Je me souviens avec une grande précision de la fondation Maeght, de Cézanne et la Montagne Sainte Victoire et d’avoir adoré Vasarely, alors que ce jour-là il n’y avait même pas eu de baignade, le musée étant est à Aix-en-Provence.  Ceux-là et les autres, Paul Klee, Braque, Chagall, nous raccompagnaient chez nous sous forme d’affiches ou de cartes postales, qui restaient des mois durant affichées dans les toilettes ou qu’on rangeait dans notre boîte à cartes. Et nos yeux s’habituaient, l’année suivante, à ces tableaux, à ces noms, à « Fondation Maeght, St Paul de Vence, août 84″ qui feraient notre « bagage culturel » en nous rappelant les vacances, la chaleur et le sable collé à nos chaussures après le pique-nique et le bain.

Pourtant les musées n’avaient pas encore réfléchi à l’accueil des familles ni à aucune sorte de médiation pour les enfants. On les tolérait mais s’ils restaient à leur place, sages et pas trop bruyants. Et s’il se trouvait une institutrice passionnée qui nous faisait découvrir la peinture en nous demandant d’apporter des sous pour nous donner une carte postale, il ne lui serait pas venu à l’idée de nous emmener au Musée d’Art Moderne de la ville, pourtant à deux pas.

Pour les enfants, l’art peut pourtant être l’objet de vraies rencontres. Van Gogh, Georges de la Tour, le peintre naïf Rabuzin, tous ceux-là m’appartiennent car on me les a présentés, à l’école ou à la maison. Avant dix ans, la culture s’imprime avec les souvenirs, elle se tisse dans la vie quotidienne, elle grandit dans le dialogue avec les adultes, qu’ils soient experts ou non, dans le partage de l’émotion et de la découverte.

Aujourd’hui, les choses ont beaucoup évolué dans les musées et il est vraiment possible que celui-ci ne soit pas considéré comme une corvée. Mais si l’on excepte Paris et quelques grandes villes où les propositions d’ateliers ou de visites pour enfants sont nombreuses et permettent des visites ludiques pour tout le monde, il existe encore trop de musées qui ne disposent pas d’outils pour accueillir les familles. Les grands musées proposent des parcours « enfants », des cartels adaptés, parfois des tables de jeux. On peut s’inscrire à des visites contées, à des ateliers où l’on peut peindre ou sculpter, on peut suivre des parcours thématiques. Mais qu’en est-il des musées plus modestes, ceux dont les collections évoluent peu, qui n’accueillent pas de grandes expositions, qui ont peu de moyens ? Lorsque les familles n’ont aucun matériel à disposition pour accompagner les découvertes de leurs enfants, le risque est que cela laisse petits et grands sur leur faim et les dissuade de renouveler l’expérience.

Dans ces cas-là, on peut toujours sortir un kit de survie : un carnet pour dessiner, un appareil photo pour prendre la pose comme une statue, on peut faire des jeux d’observation, rechercher l’objet rare, le détail qui étonne, l’oeuvre que l’on préfère… Et parler les uns avec les autres, s’interroger, s’étonner ensemble. Et puis, lorsque les enfants sont très jeunes, les musées sont des endroits rêvés pour courir et jouer les dimanches après-midi pluvieux…

Alors oui, nos enfants peuvent aimer les musées, ils les aimeront s’ils en partagent les trésors et les secrets avec nous,  si nous acceptons qu’eux nous y emmènent lorsqu’ils ont découvert un peintre ou fait une visite avec leur classe, si nous prenons le plaisir de dénicher pour eux un livre, un cahier d’activité, un site… ou une appli.  Il les aimeront encore davantage si les musées leur offrent des supports adaptés pour apprendre, rêver, manipuler, jouer, à partir des oeuvres ou des objets exposés, dans une perspective de plaisir et de dialogue entre adultes et enfants.


3 thoughts on “Emmener ses enfants au musée: une démarche de parents intellos?

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  2. Je suis un peu étonnée avec la fin de votre analyse, il me semble que même dans les tout petits musées, (et souvent surtout dans les tout petits musées!) il y a toujours au moins un petit cahier de « Chasse au trésor » ou autres autour des collections des musées. Même si ce cahier est souvent fait en « interne » et n’est pas toujours réussi graphiquement ou imprimé sur du beau papier, il a le mérite d’exister, d’être donné gratuitement ou d’être à prix très réduit, et généralement de permettre aux enfants de découvrir de façon ludique les collections.

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